La Nuit de Varennes - Ettore Scola (1982)

Modérateurs : Karen, savoy1, DeVilDead Team

Répondre
Avatar du membre
Superwonderscope
DeVilDead Team
Messages : 21740
Enregistré le : ven. avr. 30, 2004 9:09 am
Localisation : Pyun City

La Nuit de Varennes - Ettore Scola (1982)

Message par Superwonderscope »

1791 - dans une calèche allant de Paris à Metz se retrouvent plusieurs personnages à la croisée de leurs destins. Entre un Casanova vieillissant (Mastroianni), la comtesse de la Borde (H. Schygulla), une riche veuve (A.Ferreol... et Restif de la Bretonne (JL Barrault), témoins inopportuns des bouleversements historiques en cours. En effet, ils précèdent de quelques heures un convoi qui emmène Louis XVI et sa famille fuyant Paris.

Scola a réussi le pari d'un film historique mais sans tomber le piège de la reconstitution classique et pompeuse (dont le film sur La Révolution Française de Robert Enrico et Richard T; Heffron allait tomber en plein dedans).. Pour en fait faire voir les évènements par le petit bout de la lorgnette. Différentes classes sociales embarquent dans ce trajet entre Paris et Metz. Du prolétaire (Pierre Malet) qui finit par tomber amoureux de la servante noire de la comtesse de la Borde. Le magistrat droit dans ses bottes (Michel Vitold), Une cantatrice (Laura Betti), le coiffeur de la comtesse (Brialy), Un homme d'affaire richissime (Daniel gélin) et surtout le récit ponctué par Restif de la Bretonne, décrit comme un libertin amateur de jeunes mineures, mais qui possède une lucidité et un punch littéraire et politique qui met tout le monde d'accord.

C'est assez politiquement incorrect, souvent mordant et surtout, terriblement moderne. Le constat social, les dialogues, la vision de la société, les enjeux politiques... on sort certes des années 70 et des désillusions ressenties. Pour entrer de plein pied dans les années 80, on sent les années fric qui pointent le bout d eleur nez, les conflits larvés entre les prolétaires et les bourgeois (voir Daniel Gélin qui lâche qu'il n'a jamais vu de chose aussi terrifiante qu'un ouvrir faisant grève et refusant de travailler dans l'usine qui le nourrit :D ). Peu de personnages échappent à leur conditions, leur amertume, leurs œillères... la dernière scène à Varennes (où l'on ne verra jamais le roi et la reine, hormis leurs pieds (!) à travers les yeux de la Comtesse de la Combe) qui voit un Jena-Louis Trintignant porter toutes les contradictions de l'époque sur ses frêles épaules.

Une photographie lumineuse, des détails assez fameux (costumes, décors..), un certain faste visuel qui rejoint pourtant une caméra qui cherche volontairement le non-spectaculaire. Ce qui tranche curieusement avec des productions "populaires" comme les films d'Hunebelle ou de Borderie, par exemple. On est clairement à des années-lumières de ce type de cinéma. Voir en ce sens la foule s'engouffrer dans Varennes, les torches à la main. Impressionnant.

Le dernier plan, n'était peut etre pas nécessaire :
Spoiler : :
Restif monte les escaliers depuis les bords de Seine et finit son discours (provenant de un de ses livres visionnaires : Les Nuits de Paris) au beau milieu de la circulation parisienne de 1981
et trop démonstrative vu le reste. Si l'on met de côté une durée parfois excessive ( 2h39), cela donne toutefois un cinéma intelligent qui n'a pas peur de parler de sujets graves avec une ironie bienvenue. Et surtout de faire des héros d'un film deux libertins témoins de leur temps sur lesquels le temps ne semble pas avoir de prise.

Deux points qui m'ont irrité :
1. la partition d'Armando Trovajoli trop envahissante. Ultra-classique, elle réussit à parasiter certaines scènes.
2. co-production oblige, les acteurs internationaux sont tous doublés. Rien de gênant à priori, mais Qu'il s'agisse de la VF ou de la VI présentes sur le Blu Ray, les doublages sont parfois exécrables; Voir/entendre Harvey Keitel qui marmonne un français faussement doté d'un accent anglais est épouvantable.

Je crois me souvenir que le film fut un échec financier assez important...

Vu sur le Blu Ray sorti par Gaumont cette année. Très belle définition... teintes de peaux, contours, précision des détails dans les décors, contrastes... un monde avec le souvenir de la VHS que j'avais vue il y a quelques années. Par contre, le son est putot médiocre. Etouffé par instants, avec des résonances métalliques (vers la fin, JL Barrault parlant au premier plan dans l'auberge à Varennes, sa voix semble venir du bout d'un tuyau en métal )8 )

1.66:1 et 16/9e
DTS HD MA mono deux canaux (français et italien) avec st français amovibles;
film annonce
entretien avec Ettore Scola (avec in interviewer qui est absolument à gifler. Je ne sais pas de qui il s'agit mais au secours)


NB : pour les amateurs de bis, Annie Belle y fait une apparition en prostituée, nue avec des chaussettes vertes et roses, se faisant lutiner pour JL Barraut!
Oh really? Well then I'm sure you wouldn't mind giving us a detailed account of exactly how you concocted this miracle glue, would you ?
Manolito
Site Admin
Messages : 21661
Enregistré le : ven. avr. 30, 2004 2:17 am

Re: La Nuit de Varennes - Ettore Scola (1982)

Message par Manolito »

Une distribution européenne à couper le souffle, une période historique intéressante et agréablement rendue. C'était l'époque Toscan Du Plantier où Gaumont faisait travailler les plus grands réalisateurs européens dans des co-productions hautes en couleurs, les Herzog, Fassbinder, Visconti, Rosi, Antonioni, Bergman... Le film n'a m'a toutefois pas laissé un souvenir très mémorable toutefois, mais je l'ai vu il y plus de vingt ans maintenant... A revoir !
Répondre