
Quelle claque graphique monumentale ! J'ignorais totalement le travail de Tomm Moore dont le manque de publicité est un scandale (bon, il a vu ses trois films nommés aux Oscars, donc ça doit être moi le fautif). Tout Le Peuple loup pourrait être loué pour ses qualités techniques et artistiques, avec une approche radicale qui fait énormément de bien : l'opposition des styles géométriques (rectilignes et anguleux pour la ville, tout en rondeur et courbure pour la forêt), la luxuriance magnifique des bois, le rendu cartoon des loups qui s'intègre parfaitement avec le reste et n'empêche pas des moments de fusion quasi-liquide de la meute, ce travail d'aplat avec des perspectives assumées comme faussées, la composition de plans comme des tableaux ou des vitraux, la réalisation en vue subjective avec ces couleurs chatoyantes, etc., tout est splendide.
Et l'animation n'est pas en reste de somptuosité et de vivacité pour tenir le rythme et ne jamais lasser, avec de nouvelles idées visuelles jusqu'au bout. Le scénario pourrait paraitre plus conventionnel mais derrière ce conflit entre l'urbanité et la Nature se cachent d'autres enjeux : domination anglaise sur l'Irlande, nettoyage des croyances païennes/paganes par la foi chrétienne, deuil et séparation. La comparaison avec Princesse Mononoke est incontournable sur la forme (une jeune fille aux loups s'en prend à la cité qui veut raser sa forêt et elle fait la rencontre d'un humain tourmenté), mais le traitement est très différent entre les deux œuvres. Le Peuple loup se destine à un public plus jeune et opte pour un manichéisme relativement propre (pas de mort explicite à l'écran) là où le Miyazaki complexifie la nature et les motivations de ses personnages et ne rechigne pas à montrer la violence. Le parent intelligent fera ainsi découvrir à sa progéniture le film irlandais puis le japonais (j'ai donc fait l'inverse).
Le Peuple loup est ainsi un film incontournable qui doit être considéré comme un classique de l'animation. Et plus fou encore, c'est une production européenne !