
Dernier film de Fritz Lang. Ca fleure bon le serial années 30 avec une intrigue tarabiscotée aux multiples personnages et sous-intrigues en rafale et une pointe de whodunit. Mais il garde sa touche Langienne sur la chasse a l'innocent, al manipulation, l'aversion es medias - le tout melange a l'ambiance Krimi allemande qui dopminait alors le cinema teuton.
Pas le meilleur Lang. Toutefois, cette sorte de theatralisation de la mort anticipe avec un grand paquet d'années la mode de la vidéosurveillance, de l'invasion de la vie privée et... Sliver (!), qui sous de nombreux aspects, lui ressemble étrangement. Egalement, je soupçonne les auteurs des Fantômas francais d'y avoir bien puisé aussi.
Lang s'éloigne de la formule Edgar Wallace pour foncer dans la SF un peu paranoïaque, qui est a 100% d'actualité encore aujourd'hui. Un theme de la surveillance tres universelle - visionnaire pour ce cineaste qui était au bord de la cécité pendant le tournage. Voir le personnage aveugle du Dr Cornelius.
Le casting tres heteroclite fonctionne plutôt bien. Gert Froebe en inspecteur bougon qui surdoué les gros yeux, Howard Vernon en elegant et vicieux tueur, Wolfgang Preiss en mystérieux Dr Cornelius, l'aveugle prescient qui avertit la police de morts imminentes, Dawn Addams en utilite feminine et Peter Van Eyck en héros suave qui, des avis de Lang et Preiss, n'0etait pas un véritable acteur et avec lequel le tournage ne se passa pas bien.
Lang excelle dans les éclairages brutaux en plein visage et gros plans, voir la seance de spiritisme assez étrange. Le lien avec l'Allemagne nazie semble léger mais preponderant, Hitler et ses manies de surveillance (coucou Trump) refont surface pour un genie du Mal revant de domination mondiale par le meurtre et les armes totales.
On ne sait si Lang se prend au sérieux ou non avec cette histoire rocambolesque - le ton humoristique avec la comportement de Frobe et l'assureur Werner Peters faussement débonnaire tend a prouver qu'il essaye aussi de dédramatiser le fond tres noir du scenario. Des réseaux d'assassins, un imitateur de tueur en serie, un état qui surveille tout et tous à travers ses yeux (des cameras) et les effets a long terme du nazisme. Le seul qui ait de la constance au milieu de ces persoannges qui cachent quelque chose ou étant hypnotisés - dont peu dignes de confiance - étant Mabuse, sous ses airs de manipulateur a plusieurs visages. Le vrai sujet du film étant le contrôle.
Vu sur le Blu Ray Eureka, dans le coffret Mabuse qui regroupe les 6 films 1960/1964 (donc pas le machin de Jess Franco en 1972). La copie n'est pas ce qu'Eureka a fait de mieux, on note quelques inconsistances ça et là. des changements de teinte noir et blanc en fonction des plans. L'aspect general reste quand meme tres agréable a l'oeil en terme de definition.
A noter que la fin française a été mise en supplement, un chouia plus longue que la fin allemande (le film est une co production avec la France), et...ca change absolument tout!C'est bien cette fin que j'avais vue lors de sa diffusion au Cinema de Minuit.
Une interview éclairante de Wolfgang Preiss sur sa carrière (le general allemand du Train de Frankenheimer, c'est lui), le gros remerciement a Lang pour ce triple rôle qui a change sa carrière.
Mais aussi le fait que le producteur Arthur Brauner était un vieux grigou. Le 6e film, dans lequel il n'a pas tourné, était pourtant avec son visage sur l'affiche, tout comme son nom en tete d'affiche en Allemagne. Rentrant des USA et voyant cela, il a file voir Brauner pour demander des explications. Gené, Brauner lui avoua qu'il était reconnu comme Mabuse, donc un argument de vente auprès du public. Quelques scenes des autres films furent moines et réintégrées au montage final.
A noter aussi que la traduction littérale en italien de son nom fut utilisée pour masquer le fait qu'il joue plusieurs roles - et que Preiss apprend en direct que sa voix fut doublée par un de ses amis pour le Dr Cornelius!
Pas écouté Tim Lucas a ce stade.
Le film avait été un énorme succès en France, rassemblant près de 1 370 715 spectateurs. Encore plus en Allemagne (plus de 2 550 000), puisqu'il genera 5 films supplémentaires (je met le Franco a part), moins budgetés et plus anecdotiques dans ma memoire.
