
Pas convaincu par le dernier film de Mamoru Hosoda. Je ne connais pas particulièrement sa filmographie mais j'avais bien apprécié Belle. Dans Scarlet, les expérimentations graphiques 2D/3D cell shadding/CGI sont bien plus hasardeuses pour un rendu alternant le sublime à l'immonde, avec des choix malheureux de mix de styles visuels (les personnages dessinés à plat sur des décors photoréalistes). Les rendus de foule souffrent également de leur aspect parfois très générique. L'animation connait des contrastes similaires, avec des séquences d'affrontements fluides et bien chorégraphiées et d'autres évoquant des pantins en fil de fer (la danse de la caravane, alors que la danse urbaine est pourtant bien plus dynamique). Reconnaissons qu'au fil du métrage, un équilibre plus satisfaisant semble se trouver (ou bien est-ce le spectateur qui s'habitue ?).
Le récit ne m'a pas plus emballé. Relecture de Hamlet rushée (le montage kiffe les jump cuts), par moment gênante de caricature japanim (l'intro avec Scarlet qui rigole en faisant des dessins moches, le roi très gentil, le frère très méchant), qui part en dark fantasy cheloue avec un traitement pseudo-arty et métaphysique ("qu'est-ce qu'être humain ? Qu'est-ce que la vie/la mort/l'amour ?"), quête de vengeance et de pardon mille fois vue, le film propose un récit aussi simpliste que bordélique, ce qui est justifié par l'errance des personnages dans le monde des morts (et ses combats aléatoires comme sur une map de J-RPG). Le pire étant que la louable ode au pacifisme est abordée de manière tellement mièvre et cuculapral' qu'on a plutôt envie de voir tout le monde se dessouder la tronche.
Le personnage de Scarlet est vraiment très inconstant, entre guerrière badasse, nullos tombant dans tous les pièges tendus, cœur naïf s'ébahissant sans cesse de la découverte des douleurs de ce monde (alors qu'elle s'est construite sur l'assassinat fratricide de son père) qui culmine lors de l'effarant discours final (non à la méchanceté, oui à la gentillesse, hip hip hourra !) mais qui a contrario rappelle sans cesse son acolyte aux dures réalités de la vie. Faut dire que ce dernier n'est pas mieux en archétype intégral "je suis infirmier, ma mission est infirmier, ma passion est infirmier" avec son sac à dos magique lui permettant de soigner tous les gens qu'il croise ; son incarnation d'un monde moderne supposément en paix car ayant su dire non à la guerre et digne d'inspirer toutes les époques passées, est assez malvenue au vu de notre actualité.
Tout cela est donc parfois très long à l'écran (d'où l'éternité du titre selon certains), même si tout n'est pas à jeter. Je n'ai toutefois pas pu m'empêcher de penser à Nausicaä qui traite également du pacifisme en temps de guerre, et la comparaison fait très mal à Scarlet : la première m'a bouleversé, la seconde m'a agacé.