
Je dois avouer une petite déception à l'amorce du film quand j'ai compris qu'il appartenait au V-Cinema alors que je m'étais imaginé un délire 80's sorti en salle. Les attentes techniques ne sont pas du même acabit entre ces deux genres, et clairement Lady Battle Cop doit être appréhendée comme une itération tokusatsu de Robocop. Le rendu est ainsi assez fauché, dans une esthétique très télévisuelle avec une caméra qui bloblotte.
Mais une fois le calibrage mental effectué, le spectacle n'est pas déplaisant dans sa relecture à l'emporte-pièce du film de Verhoeven au prisme des codes du Metal Hero, avec une petite touche fantastique qui peps vraiment l'ensemble (Masaru Matsuda, dit le Schwarzenegger japonais, est une pépite de cabotinage grimaçant en assassin psionique à la Scanners). De fait, il y a une indiscutable esthétique kitsch déviante, tant dans l'emploi 1er degré d'un saxophone de l'enfer en couverture musicale, que dans les relents de philipinerie que dégage le Cartel (il suffit de voir leur Laser Force, ici appelé Neutron Magnum).
Reconnaissons que le costume de l'héroïne, designé par Keita Amemiya, parvient à ne pas sonner trop cheap et a même un certain charme avec ses idées de féminisation. Lady Battle Cop s'avère donc sympathique pour du tokusatsu (en plus d'avoir durablement marqué les aficionados du genre), avec une vraie générosité dans ses idées, mais à qui il manque malheureusement une véritable patte ciné pour totalement apprécier ses élans bisseux.
L'édition Roboto Films propose plusieurs bonus intéressants, en plus d'un livret. Fabien Mauro revient sur les liens fertiles qu'entretiennent Robocop et la culture japonaise. La seconde avait commencé de longue date à explorer le concept de flic robot (le manga 8 Man) et a pu servir d'inspiration au second (les illustrations de Hajime Soraya pour Murphy ou Macross pour ED209) qui en retour a marqué l'imaginaire nippon par son esthétique, au point d'être redigéré de moult façons (Winspector).
Camille Frouin revient quant à elle sur la thématique de la femme cyborg, traitant de la place des femmes dans la SF, les espoirs d'émancipation, l'érotisation (qui existe tout autant pour les hommes), la monstruosité et ses angoisses existentielles, les versions ménagères ou sexbot sous domination masculine et le cyberféminisme. Copieux.