La vie s'est ainsi écoulée lentement et qu'il s'agisse des deux oncles octogénaires (Marcel et Raymond Privat), du fermier solitaire (Paul Argaud) ou des fermiers franc-comtois (la famille Jean Roy), le temps a fait son office.

De nouveaux personnages font leur apparition : certains pauysans 'Valla ou le cousin Privat) ont épousé leur femme entre temps. une nouvelle génération de paysans semble prendre corps, mais difficilement. entre problème de génération et problèmes financiers inconciliable avec la vie rurale au XXIe siècle. Le regard est douloureux, le constat parfois terribles. l'une des protagonistes explique à son jeune fils qui veut faire comme son père que le paysan est voué à disparaitre.
La caméra agit toujours au plus simple. Le film s'ouvre sur un travelling avant sur une route des Cévennes pour se clore sur un travelling arrière depuis un plateau cévenol. Une certaine logique dans la construction technique et narrative du film, qui répond aux parallèles construits avec les deux autres films, une sorte de symétrie qui se construit petit à petit.
Cadre en Scope (Super35 2 perf), caméra fixe qui cadre le haut du corps. Des tentatives d'amorces de dialogues qui se soldent par de longs silences et des regards un peu perdus. Les personnages de ce documentaires ne se livrent pas facilement, mais les ilences en disent beaucoup plus long que les paroles extraites difficilement.
Le plus émouvant étant Marcel Privat, 88 ans, au regard bleu acier et ses yeux fatigués, cerclés de rouge... un visage buriné et qui semble usé par le temps. Qui au final n'a plus la force de faire son métier. Et Paul Argaud, le visage fixé sur la télévision retransmettant l'enterrement de l'Abbé Pierre. Qu'il regarde alors qu'il n'est pas catholique mais parce qu'il semble admirer le bonhomme. Là aussi, un silence et une visage qui en disent long!
De pardon sait capter le quotidien dans toute sa banalité et dans toute sa force/ C'est d'ailleurs ce qui fait le grand charme du film. Jamais passéiste mais bien actuel, il s'gait d'un rare documentaire sur un métier révolu, une notion du temps qui appartient au passé. Un témoignage brut, sans pathos mais avec un regard toujours généreux sur ces protagonistes d'un monde auquel les plus jeunes générations ont du mal à imaginer que cela existe encore. Une œuvre que j'ai trouvé très forte de par la simplicité de son approche et de la proximité du dialogue, autant que des étrangers de vies puissent se parler. Une modestie qui fait honneur. Très beau.
(visiblement, Raymond Depardon n'écarte pas la possibilité de repartir à leur rencontre d'ici quelques temps afin de conclure).
Cette approche me fait penser au travail accompli par Michael Apted avec la série des "Up" => 14 Up, 21 Up, 28 Up, 35 Up, 42 Up, 49 up...où il a suivi un groupe de teenagers de 14 ans à travers leurs ages. Depuis 1970 jusqu'en 2005. Une série absolument passionnante, bien que le regard documentariste soit complètement différent de celui de Raymond Depardon.
Vu sur le BD de chez Arte Video. 2.40:1 et 16/9 sur 88 mn en DTS HD Master. Honnêtement, le son n'apporte vraiment pas grand chose (je l'ai vu en DVD auparavant, la différence ne m'a pas frappé). une très belle image, par contre, aux éclairages naturels qui collent parfaitement au 1080p.
