Vu aujourd’hui au multiplex de…Tokyo Disneyland.

Clair qu’on est TRES loin des Marveleries et autres Pixarxloitation qui occupent la plupart des salles du cinema.
Le film? ADORE!
Pour me situer par rapport au film original d’Argento, je l’adore (bien sur!). Suspiria (1977) est dans la quinzaine d’années ou Argento est au sommet de son art.
Le film de Guadagnino est quant a lui une vision du meme recit (a la base), mais traite d’une façon RADICALEMENT différente.
On est loin d’un simple remake ligne-pour-ligne, plan-pour-plan ou encore scene-pour-scene et tout aussi loin d’un remake denaturant tellement le postulat de depart ou le recit qu’on peine a lier plus que les deux titres.
Suspiria (2018) est par contre aussi un film qui a force d’etre jusqu’en-boutiste et d’aller bille-en-tete va decevoir, voire meme facher pas mal de monde.
Suspiria (R)emake ne cherche donc pas a détourner ou copier avec une méticulosité de moine trapiste le film d’Argento, mais a trouver son propre équilibre, sa propre narration et son propre style. Le problème étant donc, les attentes (ou craintes, comme pour Bibi initialement) du public.
En fait, Supiria(R) ne ressemblera a RIEN de ce que l’on peut imaginer.
D’abord visuellement, entre la version Argento et la version Guadagnino, c’est littéralement le jour et la nuit.
Argento (et ses confreres réalisateurs italiens) sont en plein dans une decennie baroque, barbare, visuelle, tant dans les films d’horreur et fantastiques, que les thrillers de type giallo.
Style over substance pourrait-on dire.
La logique? Le pourquoi du comment? Les motivations? Tout s’efface devant des inventions visuelles, des couleurs non pas chaudes, mais brulantes, pas froides, mais glaciales, des mises en scenes délirantes et baroques traversées par des fulgurances de violence barbare.
Suspiria c’est une sorte d’opera all’italiana. Des couleurs, des sons, des effets de (mises en) scenes, des outrances dans le jeu, des deformations de la realite. Argento est un cineaste, il donne sa version “cinématographique” d’un “opera”.
Guadagnino est aussi un realisateur, mais il semble plus essayer de “filmer” un “opera”. A ce titre, le final hallucinatoire, sorte d’orgie sanglante folle avec ses decors monolithiques et ses lumières criardes fait très opera d’avant-garde.
Guadagnino (a mon sens) corrige aussi un defaut, ou une omission dans le film d’Argento.
En effet, si le recit se passe dans une école de danse/ballet, on n’y danse pas beaucoup au final.
Guadagnino centre le recit de sorcellerie dans la danse, ou plutôt met la danse au coeur des bacchanales infernales.
L’on est très loin des images habituelles des films consacres a la nécromancie qui fonctionne a coup de sacrifice animalier, d’animaux/insectes qui sortent de la bouche (ou d’autres orifices

) et des possessions très macumba-pouet-pouet qui sont mises en scene ainsi, parce que c’est l’idée que s’en fait le public. C'est simple et ca rassure.
Bien sur, il y a la sorcellerie qui s’achete sur Amazon, se telecharge sur Kindle et se pratique dans son salon avec un pizza livrée a domicile en guide de “sacrifice”.
Il y a aussi la sorcellerie façon Harry Potter qui se retrouve institutionnalisée et dispensée sous forme de cours avec diplome a la cle.
Mais, il y a aussi un vision plus traditionnelle, sans doute historique. Une vision ou les rites sont codifies, certains plus que d’autres. Ou les ceremonies et rituels prennent des semaines, des mois ou des annees. Une vision peut-être plus sensorielle, plus sexuelle aussi.
Ainsi, qu’on on pense “sorcellerie”, on pense “sorciere” plus que “sorcier”. Historiquement, ce sont surtout les femme qui ont fini au pilori ou sur le bucher.
En mettant la danse au coeur du recit, c’est un apprentissage plus "feminin" peut-etre, mais extremement rigoureux (et douloureux) que le “disciple” doit suivre. Certain dialogues touchent a la physique (i.e. la gravite), ou mental (i.e. l’equilibre), ou carrément au metaphysique.
Bibi n’a, mais alors, AUCUN passe (ou meme interet en fait) dans la danse, mais a trouve que les dialogues entre les élèves et maitre(sse)s n’ont jamais fait ampoules, gratuits ou a cote de la plaque. Peut-etre la faute a des documentaires ou interviews grappillés de-ci, de-la, interviews de danseurs, mais aussi d’acrobates, sportifs et meme de pratiquants d’arts martiaux.
Il y a dans Suspiria (R) aussi un grand travail de recherche dans les decors et les extérieurs utilises.
La vision d’Argento était (dans mes souvenirs) très claustrophobe. Le recit se passe en Allemagne, mais a part l’arrivée a l’aeroport, l’on n’a guère vu le pays. Ca aurait pu se passer en Suisse, France, Espagne ou Angleterre que la donne n’aurait guère été changée visuellement.
Suspiria (R) est résolument ancre dans l’Allemagne des années 70s et se déroule en ’77 (annee confirmee par l’annonce de la mort de Baader), accessoirement l’année de production de la version d’Argento.
Argento propose une version situee dans une Allemagne fantasmagorique (enfin, on le suppose par le truchement de l’ecole, plus qu’on ne voit le pays au final…), tandis que Guadagnino la rend aussi réaliste que possible, mettent en parallèle deux chaos, l’un social et l’autre fantastique, ce qui les atténue tous les deux, jusqu’à l’explosion délirante finale.
Suspiria(R) est aussi un film très “sensoriel”, univers des arts vivants oblige.
Le sensoriel chez Argento est celui d’un cineaste qui voit les arts vivants par l'objectif d'une camera. La musique est tonitruante (Goblins, oblige!

). Les eclairs de couleurs flashent. Ce sont avant tout des sons et des images.
Guadagnino semble vouloir essayer de susciter les cinq sens.
Ainsi, ses années ‘70s sont très vivantes, trop peut-etre. L’on est loin du Munich de Spielberg qui a cote, fait TRES asceptise, Hollywood oblige.
Les années ‘70s sont ici visuelles et auditives, certes, mais aussi gustatives (i.e. pas mal de scenes ou des gens mangent, y compris un des inspecteurs), limite olfactives (i.e. pour ma part, les interieurs—pas toujours très “frais”—m’ont rappelle les apparts ou j’ai vécu avec ma famille dans les années ‘70s, ZERO glamour, croyez-moi!), mais aussi tactiles (i.e. le sexe, ainsi que certains maléfices qui se transmettent par le toucher).
A mon humble avis, la bande-son de Suspiria(R) est plus recherchée que celle d’Argento (qui pourtant a l’époque de la découverte du film, me paraissait deja limite experimentale). Il faudrait que je revois la version de ’77.
Comme dit, si Argento fait “son” film-“opera” all’italiana, Guadagnino semble faire son “opera” filme avec une touche plus musique industrielle allemande? Une sorte de film-opera allemand.
Les thématiques sont aussi bousculées. Chez Argento, il y a un cote conte de fees malefique/veneneux sur l’adolescence et le passage vers le statut d’adulte, tandis que chez Guadagnino, époque et lieux obligent, sur la culpabilité.
Bref, deux films sur un meme sujet, mais avec des traitements et parti-pris radicalement differents. Un TRES bon “remake” a mon sens, car enrichi et non affadi.
L’horreur n’est pas en reste.
A ce titre, l’idee de la danse mortelle est bien vue, si l’on pense a la sorcellerie et a son image traditionnelle (i.e. bacchanales, possessions, trances, hypnose, mouvements incontrôlés et la façon avec laquelle certains lient crises d’epilepsie ou danse-de-Saint-Guy au surnaturel). Et a vrai dire, cette sceance de danse m’a été assez éprouvante…
Le final est over-the-top, hyperbolique, mais justement TRES “theatrale" et a mon sens fait un grand écart entre operas/pieces de theatre d’avant-garde ou les acteurs urinent(!!)

ou vomissent(!!)

sur scene et…le Theatre du Grand-Guignol et ses seaux de sang déversés sur scene (ou sur le public

).
Vous l’avez compris, bibi a été conquis! Les deux heures trente sont passées comme lettre a la poste! La galette sera mienne et je VEUX des bonus avec commentaires du real sur ses idees, sa réalisation et tutti quanti. J'EXIGE aussi que Guadagnino s'attele a un remake de Inferno (que j'adore

) et La Terzera Madre (que j'ai peur de voir

)
Suspiria (R): 5/5 (J’assume!! Un grand film d’horreur. Un grand film “lyrique”...Mais, sans doute, euh, "
a petit public"...?

)
En direct du Japon. Bonsoir. A vous, Cognac-Jay.