Synopsis À Yokohama, un malfaiteur kidnappe un enfant, qu'il prend pour le fils d'un industriel japonais. Il s'agit en fait du fils de son chauffeur. Le commissaire Tokura est chargé de l'affaire.
Scindé en 2 parties distinctes (l'évènement en huis clôt et l'enquête dans de grands espaces), Akira Kurosawa propose un vrai divertissement agrémenté d'un sous-texte social. La réalisation est d'une précision redoutable et l'interprétation est grandiose. La dernière partie. désespérée, nous plonge dans un Yokohama déprimant, que le tueur utilise à ses fins et que la police ne peut que contempler, sans réagir. Un très grand thriller et 2h23 de tension. Le format cinémascope et le noir/blanc m'ont en mis plein les yeux.
Film contemporain de Kurosawa, Entre le ciel et l'enfer se consacre à l'enlèvement contre rançon du fils d'un riche entrepreneur de la chaussure dans le Japon du miracle économique. Mais l'erreur du kidnappeur qui a confondu sa cible avec le fils du chauffeur du grand patron va entrainer de profonds dilemmes moraux chez ce dernier quant à la conduite à tenir. Illustrant une lutte des classes géo-sociales (la maison du patron, située sur une colline, domine les quartiers populaires qui suffoquent de la canicule) et l'émergence d'un capitalisme requin, le récit va également se consacrer à l'enquête policière qui découle de ces événements.
Je ressens un respect poli mais sans enthousiasme débordant pour ce type d'œuvre dont je perçois les qualités académiques évidentes (la photographie, la maitrise du cadre et le travail de scénographie) mais sans forcément comprendre les raisons de sa portée aux nues. Je reconnais que même lorsque je m'ennuyais (faut dire que le film assume de montrer la minutie laborieuse d'une enquête où nulle investigation ne nous sera épargnée), il parvenait à me rattraper et à maintenir mon intérêt pour son déroulé.
J'ai bien plus accroché à la dernière partie qui suit le rançonneur et ses belles lunettes miroir dans les bas-fonds de la ville : j'y ai retrouvé certains aspects du ciné pop des 70's que j'affectionne, avec son bar métissé ou ses quartiers de toxicos prostitué(e)s zombies. La fin a, quant à elle, de quoi désarçonner. J'en sors un peu perplexe sur le fond du propos : je trouve que le grand patron est finalement assez épargné par le récit. Il est pleinement soutenu par les forces de l'ordre et l'opinion public, il est montré comme victime des agissements de ses ex-collaborateurs, il n'est pas dépeint comme un mauvais employeur, et il incarne une certaine image d'un Japon fiable et honorable.
A contrario, on ne sait rien du kidnappeur, ses motivations étant réduites au ressentiment de classe (malgré le choix étonnant d'en faire un futur privilégié) et son comportement à celui d'un véritable salopard. Il peut me manquer des éléments culturels de compréhension de ces choix, mais j'ai tout de même le sentiment que c'est le respect de l'ordre social traditionnel qui est valorisé.