
Un film d'évasion de prison et de cavale se déroulant dans le Grand Nord japonais, avec Ken Takakura en innocent pourtant prêt à tuer pour sa survie, et Bunta Sugawara en opportuniste désireux de récupérer une partie du supposé magot issu du braquage de son comparse. Great Jailbreak est imprégné de ses rudes conditions météorologiques, surtout lors de la fuite dans des steppes glacées : la neige partout, le froid mortel, la famine, un préservatif rempli d'urine comme bouillotte...
La réalisation de Ishii et l'esthétique Toei fonctionnent très bien, avec une superbe introduction des condamnés à mort et de leurs crimes. L'évasion évoque celle de Elle s'appelait Scorpion, mais s'arrête aussitôt sur l'absence de fraternité entre les protagonistes qui rapidement s'entretuent ou se trahissent. Le film se consacre essentiellement à la fuite de Takakura qui se laisse aller à une vague réhabilitation en aidant une danseuse malade abandonnée par sa troupe en plein blizzard, recréant un cocon familial dans une auberge.
Mais l'ambivalence du personnage, qui a en partie perdu son romantisme mélancolique du Ninkyo Eiga, ressurgit vite alors qu'il n'hésite pas à faire couler le sang pour éviter d'être démasqué ou pour accomplir sa vengeance envers ceux qui ont manipulé son procès. Cette vengeance finale est assez bourrine, située durant un braco dans un train, avec d'étonnants effets gores (dont une explosion de tête très graphique) là où le film était jusqu'alors assez sage. Dommage que Bunta Sugawara ne soit qu'un personnage d'arrière-plan, même si le gars conserve son charisme de dingue, avec une tenue vestimentaire à l'avenant.
En bonus, Julien Sévéon revient sur la carrière de Teruo Ishii, réalisateur de studio qui tournait selon les commandes de la Toei et les modes du moment, et son implication dans une saga des 60's qui l'aura consacré : Abashiri Prison. 18 films en 7 ans (!!!), dont 10 opus tourné par ses soins à un rythme frénétique (il en réalise 6 en 2 ans), tous déclinant le même concept. Abruti par cette répétition et par les conditions de tournage difficile à Hokkaido, il gagne le droit de s'en défaire... avant d'y revenir 10 ans plus tard avec Great Jailbreak, relecture tardive et simili-officieuse de sa franchise. Son nom sera tellement associé à cette saga qu'à sa mort, ses cendres seront inhumées à côté de la prison d'Abashiri ! Entre loyauté et aliénation...
