
La dernière comédie de Fabrice Eboué se passe par chez moi, de quoi faire vibrer l'affect régionaliste qui sommeille en chacun. Et c'est justement le propos de ce film grinçant qui emploie le masque de l'inoffensive bouffonnade pour aborder des sujets plus graves. La drôlerie des différentes mises en avant pittoresques voire grotesques des traditions et références culturelles locales est forcément variable mais souvent efficace, grâce à l'interprétation sub-enfiévrée et jusqu'auboutiste d'Eboué comme du reste du casting, que ce soit les bonnes trognes retenues pour faire cru ou le génial rôle du beau-fils tueur de taupes et pilleur de Daesh (excellent Logan Lefebvre).
Pour autant, la teneur de la radicalisation de plus en plus prononcée du personnage de Gérald, qui se revendique identitaire et en appelle à tout un vocabulaire et un imaginaire de l'extrême-droite (les nuisibles, le danger du métissage, la xénophobie...), amène une lecture plus sombre du film où le racisme frappe finalement de toutes parts. L'idée du traumatisme familial originel (et s'inscrivant dans une réalité historique du débarquement) est intéressante, d'autant que le film en fait quelque chose en réinterrogeant les dérives et illusions du mythe fondateur.
Le risque de Gérald le conquérant serait que le public s'arrête à la surface humoristique de son personnage, surtout qu'Eboué tente toujours de se dérober à un positionnement politique trop affirmé au motif de pouvoir continuer à se moquer de tout le monde. Et s'il faut bien redire que son film reste avant tout une comédie et non un pamphlet académique, cela fait tout de même du bien que contrairement à la majorité des autres productions de ce genre, il tente d'avoir un vrai propos.
