
Roboto Films a sorti l'intégrale de la saga dans un coffret. Comme pour Lady Yakuza, je vous propose d'en faire un thread unique, si ça intéresse du monde.

Le Vaurien - Toshio Masuda (1968)
Premier film de la saga du Vaurien, réinterprétation du ninkyo eiga par la Nikkatsu dans un style plus moderne et urbain, inspiré du roman autobiographique de Goro Fujita, ce film éponyme est une très belle entrée en matière. Nous marchons donc dans les pas énergiques de Goro, jeune yakuza traversé de contradictions entre son attachement au clan et ses propres valeurs (thématique classique du genre qui oppose les obligations/giri à l'humanité/ninjo), ce qui se manifeste par une fierté d'emprunter cette voie à laquelle ses drames fondateurs ainsi que la misère et l'exclusion sociales qui en découlent le prédestinaient, et son empressement à encourager ses pairs à la quitter pour se réinsérer.
Tetsuya Watari est parfait de morgue charismatique, le blouson de cuir posé sur les épaules alors qu'il déambule dans le Tokyo de la reconstruction où la pègre semble tout régir et où le moindre conflit se résout en toute détente à coups de couteaux. Cette ambiance de loubards miteux et zonards est vraiment un point fort du film, contrebalançant bien la mythification du code d'honneur tant loué et tout autant bafoué. Les relations humaines qui parviennent à éclore dans cet univers de mort se heurtent à l'issue funeste de tout espoir, ce qui ne peut qu'alimenter la rage du Vaurien à devoir tout régler dans le sang. Très beau final.
Un solide film de genre très recommandable pour les amateurs de yakuza eiga, qui ne cherche pas à raconter autre chose de plus profond que sa thématique principale, déjà un peu au carrefour du ninkyo et du jitsuroku. La restauration du BR n'est pas dénuée d'imperfections : beaucoup de tâches, une instabilité de l'image... Rien de rédhibitoire, on pourrait même dire que cela participe à ce ton de précarité sociale.
