
Difficile de sortir indemne de la vision du film. On sent arriver la fin, je ne voulais pas que cela prenne cette direction, mais j'ai assisté, sur le bord de mon siege, a quelque chose d'une beauté tragique, éminemment poétique - mais terriblement diabolique. Impossible de tourner ce film aux USA, a mon sens, et il est synonyme de la créativité et la vitalité du cinema italien.
Valeria Golino donne une interprétation magnifique d'une femme de 50 ans qui a oublie de vivre. Prenant soin de son père malade et sous la coupe de sa mere devote qui lui ordonne encore de laisser la porte de sa chambre ouverte.
Alessio est une adolescent a la derive, se sacrifiant pour sa mere, et manipule par son oncle (avec qui il couche) pour les pires horreurs afin de procurer l'argent nécessaire a une Jasmine Trinca a mi chemin entre innocence ingenue et perversité.
Le télescopage de ces deux mondes a la derive donne naissance a une certaine exaltation de la liberté, avec un prix a payer pour s'extirper à la fois d'une vie trop rapide et une autre en lenteur absolue. Gioia stagne depuis des décennies et son exaltation, en donnant ses leçons de francais, lui entrouvre des portes - dans une scene assez incroyable au fantastique quasi avéré - insoupçonnées. Fragile, crédule - l'autre partie du miroir d'Alessio, tout aussi crédule.
je retiens aussi la naissance d'un acteur prodigieux, Saul Nanni, qui donne une interprétation fiévreuse d'Alessio. Fascinant, ambigu et qui fait parfois froid dans le dos. La scene ou Trinca et Golino en viennent au mains laisse aussi bouche bee.
Le film explore un territoire émotionnel fragile, fait de solitudes parallèles qui se cherchent sans savoir comment se protéger. C'est la soif de rédemption qui est au coeur du récit, de tendresse, d'un autre avenir. La joie évoquée par le titre n'est pas l'euphorie ni le prénom de la protagoniste, mais une lueur qui illumine un instant la vie de celui ou celle qui n'a jamais reçu un regard aimant. Le rythme est intimiste, presque retenu, et conduit le spectateur au cœur de la complexité d'un lien qui défie les conventions et met à nu le besoin désespéré de se sentir digne.
Visuellement, des scènes d'une beauté fulgurante - l¡arrivée devant la fresque de Monica Vitti, le parcours automobile, la scene de l'affiche du film - et la dernière scene, fracas et suspension en vol.
Nicolangelo Gelormini porte un regard empathique mais ne juge pas, laissant les corps et les regards exprimer ce que les mots ne peuvent contenir. Les acteurs s'attachent à transmettre la délicatesse et l'ambiguïté des sentiments sans jamais tomber dans le mélodrame. Dans cet équilibre précaire entre désir et culpabilité, le film pointe les inégalités sociales, l'oppression du matriarcat - en filigrane, la religion - et l'urgence d'être aimé à la frontière entre protection et possession, entre salut et autodestruction.
On pourra aussi rapprocher La Gioia de
Spoiler : :
Le film a malheureusement rencontre un certain insuccès en Italie - ou ce sont surtout les comedies frénétiques qui marchent - là aussi, vraiment dommage car
le scenario et le film ont été inspire d'un fait reel similaire
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