
Roboto Films s'est lancé dans un pari osé : sortir l'intégralité de la saga Tora-san, si les ventes suivent. En attendant, voici déjà un premier coffret avec les 5 films inauguraux. Je vous propose de vous en faire un retour aussi loin que je parviendrai à m'y aventurer.

Tora-san : C'est dur d'être un homme
Découverte de Tora-san, monument de la culture japonaise quasi-inconnu dans nos contrées. Torajiro a rompu les liens familiaux depuis 20 ans du fait d'une enfance malheureuse, mais le voilà de retour dans son quartier pour retrouver son oncle, sa tante et sa (demi-)sœur auprès de qui il tente de s'imposer en grand frère protecteur… en vain, tant il apparait vite à la ramasse, sorte de gaffeur inadapté social qui fait des calembours de pets féminins à un repas d'arrangement marital. Paré de toutes les tares (fainéant, maladroit, pique-assiette, soûlard, immature menaçant sans cesse de partir dans l'espoir d'être retenu, protecteur patriarcal de sa sœur qu'il rabaisse voire qu'il gifle à l'occasion), il met le désordre partout où il passe, mais peut-être est-ce finalement pour le mieux en permettant de mettre en lumière les non-dits et les problématiques latentes ? Chacun se fera son opinion.
Pas facile d'accrocher au personnage dont l'antipathie générée par ses travers n'est qu'en partie compensée par son côté bonne pâte, et surtout de comprendre spontanément pourquoi il est devenu un emblème japonais au point d'avoir constitué la plus longue saga cinématographique du monde, s'étalant sur 50 films tous établis sur le même canevas. Le livret d'accompagnement du coffret de Roboto Films, rédigé par Claude Leblanc, apporte des éléments de réponse : Tora-san incarne différents courants de nostalgie sociale dans un Japon transformé par son essor économique.
Il est ainsi un tekiya, un camelot errant d'un autre temps, coupé de toute attache, et surtout un avatar du furusato, le mal du pays que connaissent beaucoup de Nippons quittant alors leurs régions pour venir travailler dans des grands centres urbains. Il anime le souvenir de la vie communautaire de quartier où tout le monde se connait et s'entraide, à une période où cet esprit disparait du corps social. Son propre quartier, Shibamata (depuis classé culturellement grâce à cette saga), est constitué de classes populaires et n'a pas connu les bouleversements architecturaux alors en cours à Tokyo.
Les films de Tora-san sont donc des sortes de doudous familiaux rassurants pour une population chahutée par toutes ces transformations angoissantes, proposant un concentré de nostalgie très certainement idéalisée. On peut percevoir ce personnage comme un anti-héros dans la lignée d'un Gaston Lagaffe (en plus alcoolo-scato-graveleux tout de même) qui fait subir ses facéties loufoques à son entourage dont l'agacement est légitime, mais à qui on pardonne finalement tout. Après, si ce visionnage est intéressant d'un point de vue histoire japonaise, je crains d'être dubitatif sur le potentiel commercial chez nous d'une édition intégrale de la saga. On verra bien si on se lasse dès le deuxième film.
