La saga Tora-san (1969-2019)

Modérateurs : Karen, savoy1, DeVilDead Team

Répondre
Avatar du membre
Teurk le Sicaire
Messages : 644
Enregistré le : dim. mars 20, 2005 2:54 pm

La saga Tora-san (1969-2019)

Message par Teurk le Sicaire »

Image

Roboto Films s'est lancé dans un pari osé : sortir l'intégralité de la saga Tora-san, si les ventes suivent. En attendant, voici déjà un premier coffret avec les 5 films inauguraux. Je vous propose de vous en faire un retour aussi loin que je parviendrai à m'y aventurer.


Image

Tora-san : C'est dur d'être un homme

Découverte de Tora-san, monument de la culture japonaise quasi-inconnu dans nos contrées. Torajiro a rompu les liens familiaux depuis 20 ans du fait d'une enfance malheureuse, mais le voilà de retour dans son quartier pour retrouver son oncle, sa tante et sa (demi-)sœur auprès de qui il tente de s'imposer en grand frère protecteur… en vain, tant il apparait vite à la ramasse, sorte de gaffeur inadapté social qui fait des calembours de pets féminins à un repas d'arrangement marital. Paré de toutes les tares (fainéant, maladroit, pique-assiette, soûlard, immature menaçant sans cesse de partir dans l'espoir d'être retenu, protecteur patriarcal de sa sœur qu'il rabaisse voire qu'il gifle à l'occasion), il met le désordre partout où il passe, mais peut-être est-ce finalement pour le mieux en permettant de mettre en lumière les non-dits et les problématiques latentes ? Chacun se fera son opinion.

Pas facile d'accrocher au personnage dont l'antipathie générée par ses travers n'est qu'en partie compensée par son côté bonne pâte, et surtout de comprendre spontanément pourquoi il est devenu un emblème japonais au point d'avoir constitué la plus longue saga cinématographique du monde, s'étalant sur 50 films tous établis sur le même canevas. Le livret d'accompagnement du coffret de Roboto Films, rédigé par Claude Leblanc, apporte des éléments de réponse : Tora-san incarne différents courants de nostalgie sociale dans un Japon transformé par son essor économique.

Il est ainsi un tekiya, un camelot errant d'un autre temps, coupé de toute attache, et surtout un avatar du furusato, le mal du pays que connaissent beaucoup de Nippons quittant alors leurs régions pour venir travailler dans des grands centres urbains. Il anime le souvenir de la vie communautaire de quartier où tout le monde se connait et s'entraide, à une période où cet esprit disparait du corps social. Son propre quartier, Shibamata (depuis classé culturellement grâce à cette saga), est constitué de classes populaires et n'a pas connu les bouleversements architecturaux alors en cours à Tokyo.

Les films de Tora-san sont donc des sortes de doudous familiaux rassurants pour une population chahutée par toutes ces transformations angoissantes, proposant un concentré de nostalgie très certainement idéalisée. On peut percevoir ce personnage comme un anti-héros dans la lignée d'un Gaston Lagaffe (en plus alcoolo-scato-graveleux tout de même) qui fait subir ses facéties loufoques à son entourage dont l'agacement est légitime, mais à qui on pardonne finalement tout. Après, si ce visionnage est intéressant d'un point de vue histoire japonaise, je crains d'être dubitatif sur le potentiel commercial chez nous d'une édition intégrale de la saga. On verra bien si on se lasse dès le deuxième film.
bluesoul
Messages : 5255
Enregistré le : sam. sept. 27, 2008 4:09 pm
Localisation : Tokyo dans les annees 70s, baby! Yeah!

Re: La saga Tora-san (1969-2019)

Message par bluesoul »

Enorme doute quant a la viabilite de la serie et de sa sortie de mon cote aussi.

Je connais (et aime beaucoup la saga), mais c'est essentiellement un concept simple et basique repete sur toute la serie, d'ou: ca va faire long feu tres vite. A ce titre, j'adore la serie, mais serai bien incapable de discerner les zodes les uns des autres (les fans, les "vrais" y arrivent sans probleme, pas moi! :oops: )

Comme Teurk l'indique aussi, et meme si Tora-san est une icone dans le pays (et pour toutes les raisons indiquees), il s'inscrit dans une ere (l'ere Showa), une epoque (celle ou le Japon va connaitre une ascension economique fulgurante et...destabilisante pour la societe et les habitants) pour finir par, effectivement, devenir une franchise-doudoune qui a vrai dire ne dira plus grand chose ou alors de moins en moins a ceux nees a partir des annees 80s, je dirais.

La saga est indiscociable de son acteur principal: Atsumi Kiyoshi (nee: Yasuo Tadokoro), qui decedera en 1996 (le dernier zode avec lui en tete d'affiche (zode 49) date de 1997 et est en fait une ressortie "speciale" d'un episode sorti initialement en 1980). Le film de 2019 (zode 50) est un film-montage avec l'acteur.

Les films passent encore (occasionnellement) sur le terrestre sur des chaines locales mais ont fait long-feu sur les chaines principales aux heures de grande ecoute depuis belle lurette, je dirais. La serie tourne encore pas mal sur le satellite. Ajoutons les sortiez des films avec fascicules (Hachette, DeAgostini, etc). J'ai la totale de l'edition des annees 2010 et me rends compte qu'il doit donc me manquer le zode de 2019. :shock: (Crotte!).

Si Tora-san reste une icone, elle ne dira plus grand-chose au-dela de l'image de l'acteur, du concept ramene a sa plus simple expression pour deja 2 generations je dirais. A ce titre, c'est une saga surtout regardee par la tranche la plus agee de l'archipel. (aie! :oops:) A ce titre, elle rejoint des sagas comme Zatoichi par exemple.

Hormis un interet TRES marque pour le Japon de l'epoque, le cinema hyper-populaire des grands studio nippons et une affections TRES marquee pour les sagas a rallonge, je ne vois pas la serie arriver a terme en-dehors du Japon...
En direct du Japon. Bonsoir. A vous, Cognac-Jay.
Avatar du membre
Teurk le Sicaire
Messages : 644
Enregistré le : dim. mars 20, 2005 2:54 pm

Re: La saga Tora-san (1969-2019)

Message par Teurk le Sicaire »

bluesoul a écrit : dim. juil. 19, 2026 12:49 pmSi Tora-san reste une icone, elle ne dira plus grand-chose au-dela de l'image de l'acteur, du concept ramene a sa plus simple expression pour deja 2 generations je dirais. A ce titre, c'est une saga surtout regardee par la tranche la plus agee de l'archipel. (aie! :oops:) A ce titre, elle rejoint des sagas comme Zatoichi par exemple.
Dans un bonus consacré au Toran-san fest (!) qui se déroule depuis 10 ans dans le quartier de Shimabata, Claude Leblanc parle pourtant d'un renouvellement générationnel des participants. Mais le gars semble tellement passionné par le personnage qu'il n'est peut-être pas très objectif.

Par ailleurs, il est dit que lors de la diffusion de l'intégralité de la saga à la Maison du Japon il y a quelques années, les retours du public français furent positifs. Cela ne m'empêche pas d'avoir l'intuition que tu dis juste sur le risque de rapide lassitude ; je vais sans doute bien étaler le visionnage du coffret.
Avatar du membre
fiend41
Messages : 3546
Enregistré le : sam. mai 01, 2010 7:07 pm

Re: La saga Tora-san (1969-2019)

Message par fiend41 »

n'en ai jamais vu encore mais niveau vignettes showa ça semble réussi, > y'a même un petit musée, je croyais avoir lu que c'était surtout axé sur sa déveine style friendzone avec des amours retrouvées qui le plantent à la fin de chaque film

mais bon n'importe qui peut alimenter wiki...

https://fr.wikipedia.org/wiki/C%27est_d ... e_un_homme
?
Presque tous les films ont la même histoire : Tora-san, un marchand ambulant, arrive dans une ville perdue pour vendre sa marchandise. Il rencontre une femme du coin, souvent une demoiselle en détresse, et lui demande de le trouver si jamais elle vient à Tokyo. Il rentre ensuite chez lui à Tokyo et se heurte à sa famille. La demoiselle vient visiter Tora-san et il tombe amoureux d'elle. Cependant, malgré ses efforts pour la séduire, elle finit avec un autre homme, ce qui lui brise le cœur.
bluesoul
Messages : 5255
Enregistré le : sam. sept. 27, 2008 4:09 pm
Localisation : Tokyo dans les annees 70s, baby! Yeah!

Re: La saga Tora-san (1969-2019)

Message par bluesoul »

Dans un bonus consacré au Toran-san fest (!) qui se déroule depuis 10 ans dans le quartier de Shimabata, Claude Leblanc parle pourtant d'un renouvellement générationnel des participants.
Mouais, bon. Tora-san joue en terre conquise a Shimabata aussi.

https://www.nippon.com/en/nipponblog/m00018/

Les japonais parlent de "Seichi-meguri" ("pelerinage en "terre sainte") ou comment l'office du tourisme local utilise un enfant du pays, un personnage de fiction (ancre dans un endroit reel comme avec Tora-san), un anime, etc pour attirer le chaland.

Je ne doute pas que les gens s'y rendent, mais Tora-san est un symbole (eternel) d'un japonais neanmoins revolu. Les jeunes generations, a part peut-etre lors de vacances chez leurs grand-parents ou ils pouraient avoir visionne 1-2 films avec mami et papi, je doute qu'ils connaissent reellement le personnage au-dela du nom, voire du concept.

Par contre, il y a effectivement un regain d'interet d'une (petite?) partie des jeunes generations pour l'ere Showa (1926 - 1989), sa (pop-)culture, ses icones, sa mode, ses modes et comme Tora-san est l'un de ses representants les plus emblematique, qui sait? Affaire a suivre...?

En general, les chaines du cable (regionales) ou le satellite diffuse la serie au rythme d'un zode par semaine (ce qui ferait deja une annee :shock: ). Un zode toutes les 2 semaines peut aussi le faire ou quand le besoin se fait sentir (ca, ca marche assez bien, le cote "doudoune" de la serie sans doute). Par contre, je deconseille toute tentative de binge-watcher, ca c'est a reserver aux fans "hardcores". :mrgreen:

@Fiend41
Au Japon, l'on parle de 失恋48連発 qu'on on parle de Tora-san (qui a vu son coeur se briser 48 fois d'affilee, 'bref 48 rateau d'affilee :shock: :mrgreen: )
En direct du Japon. Bonsoir. A vous, Cognac-Jay.
Répondre