Licornes! (Musée de Cluny, Paris 5e)

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bluesoul
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Licornes! (Musée de Cluny, Paris 5e)

Message par bluesoul »

Jusqu'au 12 juil. 2026 au musée de Cluny.

https://www.musee-moyenage.fr/activites ... ours-.html

https://www.musee-moyenage.fr/activites ... ornes.html

Croise dans l'article suivant du Monde. Ca a l'air sympa. Avis aux amateurs de Tom Cruise et Tim Curry. :wink:

Lien vers l'article.
https://www.lemonde.fr/culture/article/ ... _3246.html

Pour la posterite
Spoiler : :


Au Musée de Cluny, à Paris, les licornes de tout poil affluent

Le Musée national du Moyen Age accueille des représentations de la créature fabuleuse de toutes cultures et époques. Une exploration qui n’épuise pas les mystères du mythe.

Par Emmanuelle Jardonnet

De quoi la licorne est-elle le nom ? Si l’approche en sections thématiques de l’exposition « Licornes ! », présentée au Musée de Cluny, à Paris, tente de répondre à cette question, il est permis de s’en poser une autre, plus terre à terre, en préambule : pourquoi cette dénomination française quand les autres langues ont adopté le nom plus évident d’« unicorne » ? « C’est très probablement une concaténation de l’ancien français, une liaison qui a absorbé l’article : l’unicorne, lunicorne, licorne », résume la directrice de l’institution parisienne, Séverine Lepape.

Passionnante et issue d’un travail scientifique international présenté dans le riche catalogue, l’exposition, qui s’avère un peu à l’étroit dans les anciens thermes des lieux, n’a pas été lancée par le musée, écrin des six tentures célébrissimes de La Dame à la licorne, mais en Allemagne, par le Musée Barberini de Potsdam, d’où elle arrive. En 2018, l’institution parisienne avait déjà présenté une petite exposition sur le sujet, centrée sur deux périodes : vers 1500, au moment de la création de La Dame à la licorne, puis aux XIXe et XXe siècles, lors de la vogue de l’esthétique médiévale. Ce fut un succès de fréquentation, que cette exposition, beaucoup plus encyclopédique, devrait confirmer.
Elle s’ouvre justement sur l’universalité des licornes… avec des bouquetins perses antiques. « C’est une des origines de la licorne : des animaux à deux cornes vus de profil, qui deviennent des licornes », explique la conservatrice Béatrice de Chancel-Bardelot, commissaire du volet parisien de l’exposition. A côté, un sceau de la civilisation de Mohenjo-daro, au Pakistan, daté vers 2000 av. J.-C., est considéré comme l’une des représentations les plus anciennes de l’animal féerique. Il côtoie une licorne ottomane, peinte sur une céramique, et des licornes tibétaines et chinoises – avec le phénix, le dragon et la tortue, la licorne fait, en effet, partie des quatre animaux mis au pinacle dans la culture chinoise.
Animal créé par Dieu

L’existence supposée de la licorne repose sur les écrits d’auteurs antiques, comme Pline ou Aristote, mais aussi des textes sacrés. « Il y a des mentions de licornes dans la Bible, mais elles résulteraient de traductions erronées. Dans la Bible hébraïque ou l’Ancien Testament, on mentionne un bovidé sauvage sous le nom de “re’em”, mais quand la Bible a été traduite en grec, le mot est devenu “monokeros”, puis en latin “unicornis”, soit “animal à une seule corne” », précise la commissaire. L’exposition s’intéresse à la licorne en tant qu’animal créé par Dieu : dans un manuscrit du début du XVIe siècle, on la voit au paradis terrestre ; dans un autre, deux petites licornes montent dans l’arche de Noé.

Au Moyen Age, l’affaire est controversée : y avait-il à l’origine une seule licorne ou un couple ? A-t-elle voulu ou non monter dans l’Arche ? D’ailleurs, la licorne est-elle mâle ou femelle ? Cela reste un mystère. On notera simplement la présence de deux licorneaux à travers le parcours : dans une sculpture du XVIe siècle représentant une sibylle tenant un bébé licorne dans les bras, qui vient d’une église de Bavière, en Allemagne, et dans La Dame à la licorne, où un petit licorneau se tient dans un coin.

Une section est consacrée aux récits de voyages et à la science. Depuis l’Antiquité, des voyageurs disent qu’ils en ont vu eux-mêmes… mais surtout qu’ils ont rencontré des gens qui en ont vu. Deux ouvrages imprimés, du XVIe siècle et début XVIIe, relatent des voyages au Proche-Orient : un ecclésiastique allemand a aperçu une licorne au mont Sinaï et l’a fait représenter sur une planche avec d’autres animaux exotiques. Un voyageur italien qui s’est rendu à La Mecque relate qu’il y a vu deux licornes offertes au sultan.

L’animal est aussi beaucoup représenté au combat, où il utilise sa corne pour transpercer ses adversaires. On le voit combattant d’autres animaux dans une céramique iranienne illustrant des légendes du voyage d’Alexandre le Grand en Asie, ou encore dans une gravure de la Renaissance inspirée par un dessin de Léonard de Vinci, où il terrasse un dragon. La licorne est parfois assimilée au Christ, comme dans L’Annonciation à la Licorne, ou Chasse mystique (vers 1480), de Martin Schongauer, du Musée Unterlinden de Colmar (Haut-Rhin). La légende selon laquelle seule une jeune fille vierge est capable d’attirer une licorne fait que la jeune fille est apparentée à la Vierge Marie et la licorne au Christ, qui la rejoint.
Symbole de pureté et de chasteté

Les bestiaires offrent aussi très souvent des représentations de jeunes filles attirant la licorne à elles, mais cette fois pour servir d’appât aux chasseurs. Mais pourquoi tuer une licorne ? « Pour sa corne, qui a des vertus curatives », avance la commissaire. Au Moyen Age, les morceaux ou la poudre de corne de licorne – en fait, de la dent de narval acheminée depuis le Groenland, où l’animal prospère toujours, par le biais du Danemark – étaient utilisés comme antidote aux empoisonnements. En Allemagne, en Suisse et en Autriche, la licorne est d’ailleurs toujours présente comme enseigne pour les pharmacies.

Symbole de pureté et de chasteté, l’animal légendaire apparaît dans le roman La Dame à la licorne et le Beau Chevalier, écrit au milieu du XIVe siècle pour une princesse devenue brièvement reine de France au moment de la Grande Peste. Dans ce livre, qui est l’un des premiers manuscrits français, elle apparaît d’abord bleue, puis blanche. Souvent représentée blanche, elle peut aussi être beige, pommelée comme un daim, à poils longs, mais également grise dans les bestiaires anglais, ou même rouge sur une splendide tapisserie allemande.

Une dernière section, à part, rassemble une cohorte disparate de licornes plus récentes, des symbolistes aux artistes contemporains. Dommage, pour certaines, qu’elles n’aient pas plutôt ponctué le parcours de piquants contrepoints. On y croise une licorne noire joyeusement chevauchée en amazone chez Niki de Saint Phalle (1930-2002) ; une autre, aussi abstraite qu’amusante, par Aurélie Nemours (1910-2005), date de 1969 : trois rectangles – noir, rose et jaune – représentent le corps, la tête et la corne d’une licorne vue de face.

Au plus près de la salle de La Dame à la licorne, qui offre une conclusion à la visite, est aussi exposée une version revisitée en 2017 par Suzanne Husky, où celle-ci avait substitué au groupe de personnages de la tenture principale, A mon seul désir, un bulldozer et un militant ou une militante éco-activiste. La scène pastorale médiévale fait place à une réflexion sur les enjeux environnementaux d’aujourd’hui, et la tapisserie contemporaine se révèle la seule œuvre, sur la centaine présentées dans l’exposition, qui ne contient ni licorne ni dent de narval.

¶« Licornes ! » Musée de Cluny, 28, rue du Sommerard, Paris 5e. Jusqu’au 12 juillet.
En direct du Japon. Bonsoir. A vous, Cognac-Jay.
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