
En ce début 80s, le cinéma fantastique australien connaissait une véritable envolée grâce notamment à Mad Max mais aussi à des films tels que Harlequin, Long week end ou encore Patrick de R. Franklin à qui on doit aussi ce Roadgames.
Trainant derrière lui une sulfureuse réputation dû entre autre à son sujet- un maniaque tue des jeunes de jeunes autostoppeuses pour les decouper ensuite- Roadgames mélange en fait deux genres, le road movie et le thriller comme saura si bien le faire Hitcher quelques années plus tard.
Celui qui s'attend ici à un film ultra sanglant et particulièrement gore risque d'être fort décu, Roadgames s'apparentant à ce cinéma typiquement australien, recelant toutes les qualités ayant fait le succés des titres précedemment cités.
C'est avant ici un film d'atmosphère, plutôt lent où Franklin s'attache en priorité à la personnalité de ses protagonistes et leur influence sur cet environnement sauvage, un film où le plus horrible n'est pas les actes du tueur qu'on ne verra presque jamais mais l'accumulation de tous ces malheureux concours de circonstances dans lesquels se retrouvent le heros.
Et de ces concours de circonstances nait non seulement une horreur qui va crescendo mais également un suspens de plus en plus pesant, une atmosphère de terreur sourde, indicible, de plus en plus palpable qui finit par capter toute l'attention du spectateur, de plus en plus curieux et surtout mal à l'aise face aux questions qu'il se pose.
Franklin accumule donc les détails qui telles les pièces d'un puzzle trouveront tous leur place lors du palpitant final, même si au départ rien ne semblait logique, tout s'embriquera à la perfection.
Roadgames fera irresistiblement penser à Duel et autres road movies nés du film de Spielberg.
C'est cette Australie sauvage et ses autochtones fermés, ses routes de béton ecrasées par la chaleur, ses déserts arides. C'est cet immense camion refrigéré transportant des porcs les traversant poursuivant cette étrange camionette verte appartenant à celui que la radio apelle le nouveau Jack l'Eventreur, le mystère quant à ce qu'elle contient et son conducteur.
C'est ensuite son héros, un routier sympa et son chien, un Dingo, récitant des poèmes, parlant à son chien ou terrifiant une grosse dame lors de la superbe et dramatique séquence de la falaise. Sherlock Holmes malgré lui, son attitude rend alors tout à fait plausible son rôle de fin limier donnant libre cours à sa fièvreuse imagination pour reconstituer ce macabre puzzle.
Alertement mis en scéne et brillamment orchestré, Roadgames, bercé par la musique de Brian May, joue donc sur l'atmosphère. Exit toute effusion de sang, Franklin suggère et laisse le spectateur imaginer ce qu'il veut; Pas de meurtres, pas de cadavres, pas de sang, juste des sacs poubelle, un homme qui creuse, une camionette qui file, une autostoppeuse qui disparait. Et l'horreur provient de ce qu'on verra jamais jusqu'à l'ultime image revelant les 70 kg d'excés que le camion du héros enregistrait, ultime et macabre pièce d'un puzzle sanglant où rien n'est laissé en marge.
Brillamment interpreté par la moustache d'un Stacy Keach pas encore alcoolique ni emprisonné



S'il est parfois des déviations qu'on hésite à prendre, celle ci, toute mortelle soit elle merite amplement le détour et confirme aussi que le succés de ce jeune cinéma australien était alors plus que mérité.
Le corbeau déviant mais jamais mortel qui adore prendre des autostoppeurs
