Madrid. Un maboul entreprend de nettoyer la ville du vice qui la ronge en assassinant sauvagement tous ceux qu’il considère comme des dépravés (drogués, prostitués). L’inspecteur Paolo Scaporella enquête.

Réalisé en 1974 par Leon Klimovsky, bisseux espagnol dentiste de formation, Una Libélula para cada muerto, est un petit giallo ibérique pas inintéressant du tout. Bon, clarifions tout de suite les choses, ceux qui s’attendent à une œuvre morbide sophistiquée, pop psyché sur les bords, risquent fort de ne pas y trouver leur compte. Klimovsky ne joue pas dans la même ligue qu’Argento, Fulci ou même Sergio Martino. Il a bien sûr recours à quelques effets éprouvés dans le genre, type vue subjective nous glissant dans la peau du tueur, pour certaines séquences d’épouvante / à suspense, mais à l’évidence Klimovsky ne mise pas sur une forme très complexe pour séduire le spectateur et son film semble presque appartenir à un autre temps, à l’ère des suspenses pré-giallesques légèrement horrifiques des années 60, l’utilisation de la musique de Rustichelli pour le Sei donne per l'assassino de Bava – au sein d’une bande son constituée exclusivement de stock music (dont également celle de La Baie sanglante) – renforçant un peu plus cette impression.
Una Libélula para cada muerto distille donc du côté de la mise en scène un petit parfum rétro auquel, selon l’humeur, on pourra se montrer plus ou moins sensible. Quant à l’intrigue, si originalité il y a, elle est davantage à chercher du côté de l’attention particulière portée à la petite vie de couple de son enquêteur vedette, donnant lieu à des séquences d’un intérêt discutable (mais permettant de mettre un peu en valeur l’icône du bis transalpin Erika Blanc, dans le rôle de Madame Scaporella), qu’à travers une intrigue policière sans grosse surprise, avec comme dans tout bon giallo son lot de rebondissements, incluant une fausse fin, et sa cohorte de suspects.
Un mot enfin sur notre psycho killer du jour. Celui-ci travaille selon l’humeur au glaive (ou peut être est-ce une épée, en fait je n’y connais pas grand-chose), au parapluie à pointe très tranchante et, pour les travaux demandant un peu moins précision, à la hache. Peu soucieux de passer inaperçu, il arbore invariablement à chacun de ses forfaits, en sus des traditionnels imper noir, gants noirs et chapeau noir, un magnifique pantalon rouge à pattes def’ et, une fois le travaille accompli, afin de se démarquer du tout venant, dépose une libellule (symbole de justice dans les civilisations antiques, si j’ai bien compris) sur chacune de ses victimes. Un peu too much me direz vous ... certes, mais Una Libélula para cada muerto, c'est du pur bis ...
Une petite curiosité plutôt sympathique en résumé.