Je me suis lancé dans le coffret Kamen Rider édité par Roboto Films et je propose d'en faire un topic synthétique pour ceux que ça intéresse.
L'édition est très belle et la restauration HD est magnifique pour un tel matériau. Le livret semble plutôt complet, tout comme les présentations des films par Fabien Mauro. Un bien bel objet pour les amateurs.
Kamen Rider contre Shocker (Kamen Raidā tai Shokkā)
La rediffusion sur grand écran de Super Riders à la dernière Nuit Nanarland m'avait bien titillé l'envie de découvrir les œuvres originales ainsi pillées, heu réadaptées, par les Taïwanais. L'édition bluray de l'intégrale Kamen Rider de la période Showa par Roboto Films semblait donc être un coup de coude de la Providence, impossible de lui résister. D'autant moins que la qualité de restauration HD est bluffante et ajoute clairement au plaisir de visionnage.
Kamen Rider contre Shocker ouvre le bal et permet de jouer au jeu des 753 différences avec Super Riders qui en repompe une grande partie. Un exercice rigolo que de distinguer les comédiens dans les costumes de kaijins : les Japonais parviennent à être un peu moins ringards que leurs homologues taïwanais, même si on est bien évidemment dans le plaisir kitsch et régressif devant un tel spectacle de tabassage de streums en latex, surtout quand ces derniers bruitent à la bouche leur vrombissement d'insecte !
N'en demeure pas moins que le rythme est bien soutenu (durée parfaite de 30 minutes pour ce genre de trip), que la musique est entrainante ("Go, go, let's go !") et que le dynamisme naïf du récit emporte le morceau. Henshin !
Kamen Rider contre l'ambassadeur infernal (Kamen Raidā tai Jigoku Taishi)
Suite du coffret Kamen Rider, avec le deuxième moyen-métrage de la série originale, également pillée par l'adaptation taïwanaise Super Riders. Impossible d'oublier l'ambassadeur infernal qui se dandine engoncé dans son costume de heu... scarabée serpent ? Les délires entomomorphes de cet univers sont de toute évidence un de ses points forts. Ici, l'acteur nippon parvient un poil mieux à conserver sa dignité, ce qui n'est pas toujours facile quand on le voit circuler en voiture tout de latex vêtu, et ricaner à qui mieux mieux de ses plans machiavéliques.
Le scénario est plus abscons que dans le précédent film, avec des réchappées inexpliquées de nos héros alors qu'ils semblent pourtant condamnés par des empoisonnements gazeux ou des explosions de base Shocker. On découvre par ailleurs que Hayato Ichimonji, alias Kamen Rider 2, s'octroie le costume du numéro 1, Takeshi Hongo (l'acteur Hiroshi Fujioka n'était pas totalement disponible pour le tournage, d'où ces rafistolages), ce qui éclaire le mic-mac de Super Riders qui mélangeait tout allégrement. On appréciera également le festival de petits bonhommes en figurine pour les FX, que la HD sublime autant que le reste. Et la musique est toujours aussi punchy.
Kamen Rider V3 contre les mutants de Destron (Kamen Raidaa Bui Surii tai Desutoron Kaijin)
Déclinaison de la deuxième série, Kamen Rider V3 (à prononcer à l'anglo-japonaise en gueulant bien fort), Kamen Rider contre les mutants de Destron initie le concept de cross over en ramenant en cours de récit les deux héros originels, venus prêter main forte à V3 pour dégommer des kaijins dont le look a évolué vers un style plus métallique (Shocker a en effet cédé sa place à une autre organisation de vilains). On se retrouve donc avec des crapauds chaudières ou des requins piolets, tout au plaisir de les découvrir lors du traditionnel défilé de monstres où tous se présentent avec fierté !
Le plus impressionnant demeure le nombre élevé d'explosions, parfois très proches des acteurs, quand elles ne ruinent pas une petite île protégée au point de créer des problèmes avec l'UNESCO (vraie anecdote). Il faut voir cette baston généralisée avec des détonations enfumées en cercle autour des belligérants ! Le rythme ramassé, facilité par les 30 minutes de durée, assure le spectacle et évite tout ennui. Cet opus n'a pas été repris dans Super Riders, mais il existe néanmoins un autre film taïwanais l'ayant repompé, sorti en Allemagne au ciné sous le titre farfelu de Frankenstein's Kung-Fu Monster !!
5 Kamen Riders contre King Dark (Gonin Raidā tai Kingudāku)
3 Kamen Rider, c'est bien, mais 5, c'est mieux ! C'est donc le grand raout des héros sauterelles pour ce moyen-métrage tiré de la 3ᵉ saison mettant en vedette Rider X, aussi connu sous le nom de Kaizorg (!). À ses côtés, Kamen Rider 1, 2 et V3, mais aussi Riderman dont le design n'est pas très heureux (pourtant, il est censé revenir de Tahiti), avec son visage en partie à l'air et sa main bubon/pince. Rider X a pour lui d'utiliser sa moto volante pour ses super attaques, cela apporte un peu de changement à la formule.
Dans le camp d'en face, on découvre la nouvelle organisation maléfique GOD (!) avec à sa tête King Dark, une sorte de robot géant qui reste en position de Bouddha allongé pour donner ses ordres à ses kaijins aux looks très inspirés de la mythologique grecque, version déglingomix. Mais leur atout ultime s'avère être Vesper-Franken, une fusion de Dracula et de Frankenstein, qui se nourrit du sang de jeunes femmes (en perfusion, hygiène et contrôle qualité obligent) et tire des obus avec son double canon intégré.
C'est donc toujours la foire au n'importe quoi créatif, mais c'est tout l'intérêt du bouzin, bénéficiant encore une fois d'une musique entrainante et de l'énergie d'un tel rassemblement de Kamen Riders (en attendant la barre encore plus haute de la suite). Les Thaïlandais ne s'y sont pas trompés en piratant le film pour leur propre version de Hanuman and the Five Kamen Riders (ils avaient déjà commis tel outrage en mettant 7 Ultramen face à leur dieu singe), tandis que les Taïwanais ont conclu leur trilogie avec cette réadaptation officielle sous le titre international Five of the Super Riders (ou Los Supermanes de la Galaxia en Amérique latine). Enfin, je dis conclu, mais il s'agit en fait du premier film dans l'ordre de sortie chronologique au cinéma, Super Riders ayant fermé le ban alors qu'il reprenait pourtant les deux premiers moyens-métrages japonais. Oui, c'est compliqué.
Les 8 Riders contre le roi galactique (Kamen Raidā: Hachi-Nin Raidā Tai Ginga-Ō)
Le titre annonce la couleur de la surenchère : ce sont désormais 8 Kamen Riders qui s'associent pour faire face à la terrible union du Roi Galactique et de l'organisation Neo-Shocker. Nos héros bénéficient d'un tel nombre car le film est en lien avec la 6ème série, sortie 4 ans après la précédente, et qui met en vedette Skyrider. L'occasion de découvrir, en sus des protagonistes déjà connus, les versions Stronger et Amazon qui bénéficient de looks assez détonants, témoignant des lubies culturelles de leurs époques. C'est donc le maxi-boxon des designs bigarrés, des super attaques et même des thèmes musicaux respectifs.
Faut dire que celui de Skyrider est particulièrement disco-kitschouille en synthé pouêt-pouêt, pile dans l'ambiance SF de guerre des étoiles (aucun rapport avec un film au nom similaire) que ramène le Roi Galactique, un robot à la puissance de calcul intellectuel infini mais qui apparait complètement largué sur Terre, quand il ne vire pas au proto-violeur lors de la découverte d'une "femme". Je suis totalement tombé fou d'amour de son look pas possible, il est parfait en toute circonstance.
Cet opus s'avère donc très généreux en action, en vaisseau spatial, en maquettes et en explosions, les artificiers ayant apparemment décidé de faire exploser tous les sets, en plus de l'emploi d'un tank par les méchants ! Un très chouette moment.
Kamen Rider Super-One : le film (Gekijō-ban Kamen Raidā Sūpā Wan)
Nouvelle itération cinématographique, issue cette fois de la série Kamen Rider Super-1 qui était sortie dans la foulée de la précédente. L'ambition était au reboot, tous les justiciers motards antérieurs ayant péri à la fin de Skyrider. Un parti pris radical que le fan service et le service marketing de Bandai ne respecteront pas vraiment mais chut, pas de spoil. Cet opus est assez déroutant de prime abord car il dégage une vibe jidai geki avec ses villageois montagnards du siècle passé qui utilisent leur kung-fu contre les kaijins, tantôt humains fantasy, tantôt streumons multicolores qui rappellent que le style sentai cartonne (la preuve, les petits sbires ressemblent vraiment à des Biomen... et font désormais des bruits de scratch vinyle !).
Super-1 est très mignon avec ses franges indiennes aux gants, sa super grosse bécane à la Chips et son "kung-fu shaolin éthéré" (!). Le voilà qui doit faire face aux agents de Macro-Terreur (!!) qui ont piqué un vaisseau volant en forme de dragon doré qui détruit la ville avec son lance-flamme et ses missiles : un festival de FX, de maquettes et de petites figurines très enjaillant dès lors qu'on laisse vivre l'enfant en soi. Les explosions sont toutefois impressionnantes tant le cascadeur est vraiment exposé au plus près.
Un moyen-métrage assez différent des précédents dans son ambiance, mais qui profite toujours d'une super musique (je crois bien que c'est ma préférée, d'ailleurs elle résonne en ce moment dans ma tête). En bonus, Fabien Mauro parvient à relier Jackie Chan, le Kameha, Super Inframan, Chips et Megaman, et relate une série d'escroqueries de fans par l'acteur incarnant Super-1 (pour un montant de 300.000 € tout de même).
Kamen Rider Black : Mission urgente à Onigishima (Kamen Raidā BURAKKU Onigashima e Kyūkō seyo)
Après un nouveau hiatus de plusieurs années (les Sentais et les Metal Heroes cartonnent), la série reboote véritablement cette fois et explore un ton plus moderne et adulte. Retour au concept original, avec Ishinomori au manga, pour un héros tourmenté par son humanité perdue. Kamen Rider Black démarre ainsi avec des kidnappings d'enfants par une secte maléfique dans une ambiance assez horrifique : attaque de tentacule de dodoche verte (!) et de fleurs géantes, pour permettre ensuite de pratiquer sur eux des expérimentations mutilantes ou de les donner à manger aux kaijins.
Heureusement, notre héros Black Sun veille au grain... mais se fait rapidement bolosser dans une super séquence d'action avec plein de cascades punchy et une moto intelligente à la K2000. Cela dit, Tetsuo Kurata a une certaine classe 80's et un costume plutôt réussi qui évite le too-much ridicule. Les environnements sont désormais plus urbains (docks d'un port de fret, entrepôts), ce qui signifie moins d'explosions. À noter des super attaques épileptogènes avec leurs lumières coloro-stroboscopiques.
On change clairement d'époque pour une série qui a connu un très grand succès critique et commercial. Dommage que la durée du présent moyen-métrage s'approche vraiment d'un simple épisode, on aurait aimé une histoire plus développée.
Kamen Rider Black: Terrifying! The Phantom House of Devil Pass (Kamen Raidā Burakku Kyōfu! Akumatōge no Kaijinkan)
Une deuxième itération ciné pour la série Kamen Rider Black. Je n'ai pas grand chose de plus à dire car on retrouve la même ambiance, pour un résultat de qualité inférieure. Les kaijins ont pourtant de bonnes tronches, particulièrement Shadow Moon, la Némésis de Black Sun, au superbe design métallique, et il y a une jolie (mais trop brève) séquence de baston onirique dans le monde des esprits avec les fantômes de streums précédemment vaincus. Et c'est un peu tout, tant les enjeux sont faibles, le plus important (le duel fratricide) ne pouvant avoir lieu maintenant alors qu'il s'agira de la conclusion de la série. Et on nous tease un robot géant qui reste finalement au garage.
En bonus, Fabien Mauro confirme que le film est handicapé par sa contrainte d'être un véhicule touristique et promotionnel pour la ville de Yubari où se déroule le gros de l'action. Le robot géant est d'ailleurs la mascotte d'un musée local !
C'est ainsi que se conclut le magnifique coffret Roboto des films Kamen Rider de la période Showa, et ma réelle découverte de cet univers (même si j'avais assisté émerveillé à un spectacle théâtral de la dernière série en date lors de mon séjour au Japon il y a 15 ans, sans rien comprendre à ce qu'il se passait). C'est très satisfaisant pour tout amateur de ce genre de production, et cela donne franchement envie d'aller en explorer quelques ramifications.